Octobre 2008 - Délégation de l’association dans les camps de réfugiés palestiniens de Mar Elias à Beyrouth, Beddawi à Tripoli, Ein el Helweh à Saïda, Rashidiyeh à Tyr.

Grâce à la préparation de notre visite par la Fondation, le séjour a été des plus constructifs puisque nous avons pu nous rendre dans quatre camps de réfugiés palestiniens : Mar Elias à Beyrouth, Beddawi à Tripoli, Ein el Helweh à Saïda, Rashidiyeh à Tyr. Pour ces deux derniers camps, où la présence d’étrangers est extrêmement contrôlée par l’armée libanaise qui boucle l’entrée des camps, la Fondation avait réussi à nous obtenir des autorisations spéciales auprès des autorités militaires.

Avant notre départ, l’AFCGK avait versé à la Fondation le résultat de l’appel financier, c'est-à-dire 4 000 euros (5 200 dollars).

Camp de Mar Elias (Beyrouth)

Nous ne nous étions pas rendu dans ce camp depuis notre deuxième séjour fin 2004. A l’époque, le jardin d’enfants était en reconstruction complète et nous avons pu mesurer les travaux réalisés.

Le jardin d’enfants est désormais totalement remis à neuf et accueille une cinquantaine d’enfants du camp mais aussi du camp de Chatila. Nous avons été accueillis par Mme Anni Kanafani et par Maha, directrice de l’école. Nous nous sommes entretenus avec elles du travail réalisé dans le jardin d’enfants, nous avons rencontré les enseignantes dans les trois classes de trois niveaux différents. Outre ces enseignantes, Nisrine, en charge de l’enseignement des arts plastiques, nous a présenté les travaux réalisés par les enfants cette année, sur le sujet de l’exode des Palestiniens en 1948, la Nakba. Comme souvent, lors de nos séjours, nous avons été très impressionnés par la qualité des œuvres réalisées par les enfants.

Ensuite, nous avons été conviés par Layla Kanafani, qui supervise la formation artistique des enseignantes, à un atelier de sérigraphie. Des enseignantes de plusieurs camps étaient présentes et apprenaient cette technique enseignée par Tiffany, une volontaire américaine. Une fois formées, les enseignantes déclineront le projet cette année avec les enfants.

Enfin, nous nous sommes rendus dans le centre de réhabilitation pour enfants et jeunes handicapés physiques et mentaux. La Fondation gère aussi ce centre à Mar Elias. Nahla nous a montré l’ atelier de menuiserie où sont fabriqués sur mesure les chaises et équipements personnalisés selon le handicap des enfants et des jeunes accueillis.

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Camp de Ein el-Helweh (Saïda)

Nous avons pu nous rendre au camp de Ein el-Helweh grâce à l’autorisation spéciale n°251 délivrée par l’armée libanaise, autorisation nominale valable pour une seule journée. Sans cette autorisation, aucun étranger ne peut pénétrer dans ce camp bouclé par les militaires. Ces derniers mois, des combats ont eu lieu à l’intérieur du camp entre des groupes salafistes et les organisations palestiniennes. Nous n’étions jamais allés encore dans ce camp, car à chaque fois, la situation y était explosive, et nos amis palestiniens nous avaient fortement déconseillé de nous y rendre.

La structure de la Fondation y accueille une centaine d’enfants dans les classes et une vingtaine d’enfants handicapés pour certains intégrés dans les classes, pour d’autres faisant l’objet d’enseignements spécifiques. Halime, la directrice nous y a reçu très chaleureusement en nous expliquant les réalisations de la Fondation. Elle nous a montré également la bibliothèque qui accueille les enfants et les adolescents du camp. Elle a déploré le manque d’aide reçu de l’UNRWA, l’organisme de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens. Elle nous a expliqué que l’organisme ne donne plus ni fruits, ni lait, ni plats chauds comme par le passé. Lors de notre présence, la bibliothèque était mise à disposition pour un séminaire sur l’allaitement en direction des jeunes mères, dispensé par un médecin palestinien du camp.

Nous avons assisté à des activités d’arts avec les enfants, et nous avons eu une explication détaillée du travail réalisé par Sanaa, enseignante aveugle, avec les enfants atteints du même handicap. Nous avons été très impressionnés par le travail mené en classe, mais aussi en dehors de l’école, directement au contact des familles. Sanaa nous a expliqué comment elle opérait pour convaincre les parents d’enfants aveugles de les laisser avoir un apprentissage adéquat. Souvent ces enfants sont maintenus par les parents à la maison, et souffrent de ne pas être stimulés, ce qui entraîne chez eux une absence totale d’autonomie et des déficiences intellectuelles et physiques. Sanaa passe ainsi beaucoup de temps en explication pédagogique aux parents et ceux-ci sont toujours très étonnés des résultats obtenus par la suite par leurs enfants.

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Camp de Beddawi (Tripoli)

A Beddawi, après deux ans d’absence, les retrouvailles furent très émouvantes avec toutes les amies de la Fondation, mais aussi avec tous les amis du camp, où nous nous sommes rendus à chaque séjour.

Samira, la directrice de l’école, nous a ainsi montré avec fierté que la structure continuait à très bien fonctionner malgré le fait que de nombreux enfants du camp détruit de Nahr el Bared sont toujours scolarisés à Beddawi. En fait, l’école fonctionne toute la journée, avec deux services de cours, l’un par les enseignantes de Beddawi pour les enfants de Beddawi (une centaine), l’autre par les enseignantes de Nahr el Bared avec les enfants de Nahr el Bared (une centaine également). Néanmoins, la structure de Nahr el Bared tente actuellement de préparer l’ouverture d’une classe en janvier après avoir reconstruit une partie de l’école dans le camp détruit. Kawther, la directrice de l’ex-structure de ce camp est présente tous les jours avec les enfants, tout en supervisant l’évolution des travaux de reconstruction.

Sanaa, l’enseignante en arts plastiques, nous a montré les réalisations de l’année avec les enfants toujours sur le sujet de la Nakba, et nous a expliqué que ce travail a résonné de manière particulière auprès des enfants de Nahr el Bared, qui ont connu également l’obligation de quitter leurs maisons, bombardées par une armée qui n’est pas la leur. Sonia et Lina nous ont expliqué le travail de refonte du classement des livres à la bibliothèque et les activités informatiques.

Samira nous a entretenu de ses craintes de voir un jour les mêmes évènements se produire à Beddawi. Selon elle, si l’écrasante majorité des Palestiniens rejettent les salafistes proches d’al-Qaëda qui ont été à l’origine des combats qui ont détruit Nahr el Bared, des commanditaires liés à l’Arabie Saoudite et au clan Hariri verraient d’un bon œil la destruction d’un autre camp palestinien. Les camps sont l’espace où la revendication du droit au retour en Palestine est vivante : les détruire revient à forcer l’implantation des palestiniens au Liban. On voit clairement qui bénéficie de cette politique : Israël et les Etats-Unis !!!

Nous avons également vu que la rue du camp où se trouve l’école de la Fondation a été baptisée « Rue Ferihal Younes » du nom de l’ancienne directrice décédée l’an dernier dans des conditions particulièrement sordides. C’est un très bel hommage à cette femme d’exception que nous avions beaucoup aimée.

Enfin, nous avons assisté à une cérémonie de remises de livres « Like roses in the wind » (avec les autoportraits) aux enfants (maintenant plus grands) qui avaient réalisé des dessins pour le livre lors de sa parution.

La délégation a remis le résultat de la collecte de médicaments au dispensaire Al-Shifa comme nous le faisons à chacun de nos séjours. Ahmad, le médecin responsable du dispensaire nous a montré l’évolution de la structure avec la construction de salles supplémentaires et l’achat de matériel radiographique et d’analyse sanguine.

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Camp de Rashidiyeh (Tyr)

Nous nous sommes rendus au camp de Rashidiyeh, à quelques kilomètres de la frontière de la Palestine occupée. Là encore, l’autorisation spéciale n°250 nous a permis de rentrer dans le camp bouclé par l’armée libanaise.

La structure de la Fondation reçoit de ce fait peu de visites, ce qui explique sans doute l’accueil inoubliable que nous y avons eu. Mouna, la directrice de l’école nous a expliqué que la structure compte 50 enfants répartis en 3 classes, une petite bibliothèque et des activités musicales. Une salle d’arts plastiques présentait également les travaux des enfants autour de la Nakba. Houda, l’enseignante en charge de cet enseignement nous a montré avec beaucoup d’enthousiasme les dessins réalisés.

Là encore, nos amies palestiniennes ont déploré le manque d’aide et de prise en charge sanitaire de l’UNRWA : cette année par exemple, l’UNRWA n’a pas procédé aux vaccinations nécessaires aux enfants, et ce malgré les fonds débloqués. Il est clair que certains responsables de l’organisme détournent des fonds alors que les besoins dans les camps sont immenses.

L’école de Rashidiyeh est une petite structure mais très agréable, et nous avons promis à nos amies de revenir les voir lors d’un prochain séjour.

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Réunion de travail avec Anni Kanafani

La veille de notre départ, nous avions prévu de rencontrer Anni Kanafani afin de faire un point sur notre activité et coordonner le travail l’année prochaine. En nous rendant dans les locaux de la Fondation à Beyrouth, situé non loin d’une des résidences du président du parlement libanais, nous avons été bloqué à un check-point de l’armée libanaise. Les soldats en faction et les officiers ne voulaient pas nous laisser passer dans un premier temps. A force de tergiversations, nous avons du laisser nos passeports, appareils photos et caméra pour pouvoir faire quelques mètres à pied et entrer dans l’immeuble où se trouve le bureau de la Fondation.

Nous avons exposé à Anni Kanafani le travail réalisé cette année par l’AFCGK. Elle a été très impressionnée par le nombre d’adhérent(e)s que nous comptons maintenant et nous a vivement félicité et remercié pour tous les efforts, en particulier financiers, réalisés par tous et toutes. Voici la lettre qu’elle nous a chargé de transmettre aux adhérent(e) s :

«Chers ami(e) s,
Au nom de la Fondation Culturelle Ghassan Kanafani, je vous envoie nos plus chaleureux sentiments. Nous apprécions beaucoup vos efforts continus dans le soutien et vos grands efforts financiers, pour notre travail avec les enfants palestiniens vivant dans des situations extrêmement difficiles dans les camps de réfugiés du Liban.
Nous vous souhaitons à tous et toutes les meilleures choses possibles dans vos vies. »

Notre aide est d’autant plus appréciée que Anni Kanafani nous a confié les difficultés de financement énormes dans lesquelles la Fondation se trouve actuellement. Cette année a été particulièrement difficile. A tel point que certaines enseignantes étaient prêtes renoncer à leur salaire pour que la structure continue à accueillir les enfants.

Nous avons donc demandé à Anni Kanafani que les sommes envoyées cette année par l’AFCGK (7 500 euros) servent en priorité à garantir le salaire des enseignantes. Nous avons également proposé de tenter d’établir des contacts en Autriche et en Italie pour aider à la création d’autres comités de soutien comme ceux du Danemark et de France. En effet, le Kulturverein Kanafani à Vienne et l’Associazione Ghassan Kanafani de Lucca sont des structures avec lesquelles nous avons échangé quelques contacts ces dernières années.

Par ailleurs, en ce qui concerne la publication de Retour à Haïfa en collection Babel, Anni Kanafani ne s’y opposera pas, si le contrat initial avec Actes Sud est soldé, et qu’un nouveau contrat plus restrictif sur les droits d’auteurs est établi. Enfin, concernant les archives audio-visuelles de l’INA, Anni Kanafani va établir la lettre manuscrite demandée par Véronique et l’envoyer dans les meilleurs délais afin de récupérer les copies des émissions.

Nous avons récupéré du matériel à vendre en France : des cartes postales (autoportraits), des portofolios de 6 lithographies de peintures de Ghassan Kanafani réalisés lors du 35ème anniversaire de sa mort, et quelques exemplaires de livres.

La délégation a chaleureusement remercié Anni Kanafani pour tout ce que la Fondation a mis en œuvre pour nous permettre de voir le maximum de structures différentes dans un temps limité (10 jours) : les autorisations spéciales, le transport du groupe avec Ali et un minibus de la Fondation, le temps passé avec nous malgré un agenda très chargé.